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Que retenir de la Loi de Finances 2026 ?

Entre hausse des prélèvements et nouveaux leviers d’optimisation, la loi de finances 2026 rebat les cartes pour les particuliers, les entreprises et les indépendants. Elle cible plus clairement les hauts revenus, les structures patrimoniales et certains usages « confort », tout en encourageant l’investissement locatif encadré et la professionnalisation des indépendants. Elle prépare également un tournant opérationnel majeur avec la facturation électronique obligatoire et la fin du régime simplifié de TVA.
Pour les dirigeants, investisseurs et professions libérales, l’enjeu est désormais de transformer ce texte en levier d’optimisation fiscale, sociale et patrimoniale.


Impôt sur le revenu : quelques allégements… et de nouveaux pièges

Comme chaque année, le barème de l’impôt sur le revenu est « gonflé » pour suivre l’inflation : +0,9% sur les tranches, ce qui évite à certains contribuables de changer de tranche uniquement à cause de la hausse des salaires. Les mécanismes classiques restent en place : abattement sur les pensions, quotient familial plafonné, décote ajustée.​

Plus intéressant : le match PFU vs barème devient plus flexible. Jusqu’ici, si vous optiez pour le barème au lieu du prélèvement forfaitaire unique de 30%, vous étiez marié à ce choix pour l’année. À partir de l’impôt 2026, cette irrévocabilité saute : il sera possible de revenir en arrière et de renoncer à l’option au barème si les simulations ex post montrent que le PFU était plus avantageux. Autrement dit, l’arbitrage PFU/barème devient un vrai terrain d’optimisation à revisiter chaque année, avec l’appui de son expert-comptable.​

Côté dons, le gouvernement assume un bonus fiscal ciblé sur la solidarité. Le dispositif « Coluche » voit son plafond doublé à 2 000 € pour les dons aux personnes en difficulté ou victimes de violences domestiques, avec toujours une réduction de 75%. Et clin d’œil patrimonial : un dispositif temporaire « Chambord » permet une réduction de 75% sur les dons pour la restauration du château, jusqu’à 1 000 € versés en 2026.​

En ce qui concerne la contribution différentielle sur les hauts revenus, elle s’installe dans le paysage. Pensée au départ comme provisoire, elle est désormais prolongée tant que le déficit public n’est pas repassé sous les 3% du PIB : autant dire pour un moment. Sont concernés les foyers dépassant 250 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule (500 000 € pour un couple), avec l’idée assumée d’une imposition minimale de 20% sur les plus hauts revenus.


Patrimoine et investissement : le tour de vis discret


Holdings Patrimoniales

Une nouvelle taxe de 20% vise les sociétés à l’IS (ou équivalent) dont les actifs dépassent 5 M€, contrôlées par une personne physique, et dont plus de la moitié des revenus provient de placements (dividendes, intérêts, loyers, etc.).

Et surtout, l’assiette est clairement orientée contre les « actifs plaisir ». Une façon d’annoncer : utiliser une holding comme écrin pour son train de vie privé aura désormais un prix fiscal explicite.

Nouveau statut du bailleur privé

À l’inverse, le nouveau statut du bailleur privé envoie un signal plutôt favorable à l’investissement locatif structuré. Le principe : permettre aux particuliers (ou associés de SCI, SCPI, etc. non soumises à l’IS) d’amortir fiscalement jusqu’à 80% du prix d’un logement (hors foncier) mis en location nue comme résidence principale, en zone tendue, dans le neuf ou l’ancien lourdement réhabilité. Avec un plafond annuel d’amortissement de 8 000 € par foyer, majoré si le logement est loué à des loyers sociaux ou très sociaux. En contrepartie, le dispositif est blindé de garde-fous : engagement de location sur 9 ans, respect strict des plafonds de loyers et de ressources, DPE au rendez-vous, mise en location dans les 12 mois, et sanction lourde en cas de manquement : réintégration des amortissements

L’apport cession

Autre signal fort envoyé aux chefs d’entreprise et à leurs conseils : l’apport-cession se durcit. Le régime, qui permettait de loger la plus‑value dans une holding avec report d’imposition à condition de réinvestir une partie du produit dans l’économie, devient plus exigeant : quota de réinvestissement porté de 60% à 70%, délai de remploi allongé à 3 ans, obligation de conserver les actifs acquis en remploi pendant au moins 5 ans. Même la donation des titres n’est plus un « joker » aussi souple qu’avant : le donataire devra désormais conserver les titres 6 ans pour éviter l’imposition de la plus‑value en report.

Pour les investisseurs individuels, un rappel jurisprudentiel vient fermer une porte souvent fantasmée : non, on ne peut pas cumuler la réduction Madelin et l’exonération de plus‑value du PEA sur les mêmes titres. Si la réduction Madelin a été utilisée à l’entrée, la plus‑value sera imposable à la sortie, même via un PEA.

Entreprises : amortir, transmettre… et encaisser la hausse de la CSG

Du côté des entreprises, la tendance est à la prolongation des recettes temporaires. La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises (CEBGE), censée frapper les très grands groupes sur la période 2024–2025, sera finalement due aussi en 2026 pour les sociétés de plus de 1,5 Md€ de chiffre d’affaires.​

Les revenus du capital, eux, subissent une hausse plus diffuse mais généralisée : la CSG sur ces revenus passe de 9,2% à 10,6%, et le taux global du PFU grimpe de 30% à 31,4% pour les dividendes, intérêts de comptes‑titres et plus‑values mobilières. L’assurance‑vie, les PEL/CEL, les plus‑values immobilières ou les revenus fonciers restent en dehors de cette hausse, mais pour les chefs d’entreprise qui se versent des dividendes, la ligne de prélèvements obligatoires se renchérit nettement.​

Bonne nouvelle en revanche pour les repreneurs de fonds de commerce : le régime d’amortissement fiscal temporaire des fonds, instauré en 2022, est prolongé jusqu’au 31 décembre 2029. Un atout de taille en période de transmissions/restructurations, surtout pour les petites entreprises qui peuvent amortir sur 10 ans sans justifier d’une durée limitée d’exploitation.​

Le pacte Dutreil, outil phare de transmission familiale d’entreprise, n’est pas supprimé mais encadré plus strictement. L’engagement individuel des titres passe de 4 à 6 ans, et les biens « de confort » (résidences non pro, véhicules de tourisme, yachts, objets d’art, etc.) sont exclus de l’assiette bénéficiant de l’exonération de 75%, sauf affectation professionnelle réelle et durable. Le message est clair : le régime Dutreil est là pour transmettre un outil de travail, pas un patrimoine de loisir.

Indépendants et micro-entreprises : réforme de fond

Pour les indépendants, 2026 marque l’arrivée concrète d’une réforme profonde : celle des cotisations sociales des TNS. Jusqu’ici, ils jonglaient avec deux assiettes : l’une pour les cotisations (retraite, maladie…), l’autre, plus large, pour la CSG/CRDS. Désormais, tout sera calculé sur une seule base dite « super brute » : le revenu professionnel, diminué d’un abattement forfaitaire de 26%, encadré par un plancher et un plafond en pourcentage du PASS. L’idée : simplifier, rapprocher le calcul de celui des salariés et, à enveloppe constante, basculer une partie de ce qui partait en CSG/CRDS vers des cotisations contributives, donc des droits retraite et maladie renforcés.​

En parallèle, les seuils des régimes micro sont relevés pour 2026–2028 : 203 100 € pour les activités de ventes, 83 600 € pour les prestations de services. Un signal plutôt favorable à la poursuite de l’activité en micro‑entreprise, mais à manier avec prudence : rester trop longtemps en micro peut aussi freiner les stratégies de développement ou d’optimisation.​

Côté création, l’ACRE est recentrée sur les publics fragiles (chômeurs, bénéficiaires de minima sociaux, jeunes handicapés, créateurs en zones spécifiques), et doit désormais faire l’objet d’une demande auprès de l’Urssaf. En plus, l’exonération de cotisations est plafonnée à 25% des cotisations pour les rémunérations proches de 75% du PASS, puis devient dégressive.​


TVA, facturation électronique et relations de travail : la pression monte

Sur la TVA, pas de révolution immédiate sur la franchise en base : les seuils restent à 85 000 € pour les activités de vente et 37 500 € pour les services, avec des tolérances. En revanche, la disparition du régime simplifié de TVA au 1er janvier 2027 est actée : 2026 sera la dernière année avec des seuils spécifiques, avant un basculement général au régime réel normal, avec déclarations mensuelles ou trimestrielles. Un changement qui s’articule clairement avec un autre chantier majeur : la facturation électronique.​

À partir du 1er septembre 2026, les entreprises vont entrer, par vagues, dans l’obligation de facturation électronique B2B, via un réseau de plateformes certifiées et un annuaire centralisé. Là encore, la loi de finances ne se contente pas de fixer un calendrier : elle durcit le volet sanctions, avec 50 € par facture non transmise en e‑invoicing (plafonné à 15 000 € par an) et 500 € par manquement d’e‑reporting, sans compter les pénalités en cas de non‑mise en place d’une plateforme de réception conforme. Pour beaucoup de TPE/PME, le sujet n’est plus un projet IT lointain, mais une urgence d’organisation, où l’accompagnement de l’expert‑comptable devient clé.​

Sur le terrain social, deux signaux forts : d’abord, la contribution spécifique sur les ruptures conventionnelles passe de 30% à 40% sur la part d’indemnité exonérée de cotisations de Sécurité sociale à compter de 2026. L’objectif est assumé : renchérir ce mode de sortie jugé trop utilisé et inciter à d’autres solutions (mobilité, reconversion…). Ensuite, plusieurs coups de pouce sont prolongés : exonération des pourboires pour les salariés payés jusqu’à 1,6 Smic jusqu’en 2028, sur‑exonération partielle de la prise en charge des transports jusqu’à fin 2026.​

Derrière la technicité des articles et des pourcentages, une réalité se dessine : la fiscalité 2026 est plus exigeante, plus ciblée et moins tolérante aux montages approximatifs. Pour les dirigeants, indépendants et investisseurs, la question n’est plus de « subir » la loi de finances, mais de la transformer en levier : arbitrer PFU/barème, revisiter la structuration patrimoniale, anticiper la réforme TNS, organiser la bascule vers la facturation électronique et sécuriser les transmissions. C’est précisément sur ce terrain que l’expertise d’un cabinet d’expertise comptable fait la différence.